Que la gravité soit avec toi
Le rassemblement :
La date n'est pas vraiment fixée. Cependant, en plein coeur de l'été
à
Chamrousse se déroule la plus grande fête païenne de la gravité. Le
nom de cet
événement est " Donwhill Jamboree de Chamrousse ". C'est un
rassemblement où
sont bienvenus tous les engins sans moteurs : street luge, rollers,
longboards,
caisses à savon, gravity bike, planche à repasser munie de trucks et
de
roulettes (véridique), la seule limite est celle de votre
imagination. Le but
est d'y faire chanter les platines sur les 10 km de descente et les
sept
épingles fermées à la circulation pour l'occasion. Il s'agit du plus
long
free-ride d'europe. D'ailleurs des riders de nombreux pays et
disciplines sont
là. Les lyonnais sont particulièrement représentés en ce qui
concerne la
chapelle du roller. Ils forment au moins 50% des effectifs. Pour
chaque fête, sa
tenue de célébration. En l'occurrence, quand on les voit à l'arrêt,
les
participants ressemblent plus ou moins à des gladiateurs. Plaque
dorsale,
coudières, genouillères, tenue de moto en cuir, casque intégral,
gants,
protèges-poignets, crash-pads, bricolages maisons à base d'ajout de
plaques
en plastique sur les vêtements ou de morceaux de pneu sous les
chaussures.
L'épiphanie :
En ce qui me concerne, il s'agit d'une première. Je n'ai commencé la
descente
que depuis peu, et mon enthousiasme me tient lieu d'expérience et de
technique.
Dès la sortie de Grenoble, les vertes pentes du massif de Belledonne
donnent le
ton. Rien à voir avec les pentes de la Croix-Rousse ou de Fourvière,
ne
serait-ce que de par le cadre. Tout commence par l'inscription où le
croyant est
obligé de fournir l'aumône et une partie obligatoire de l'habit de
cérémonie (le
casque) pour que le clergé local y appose sa bénédiction (des petits
auto-collants servants de forfait pour prendre les cars une fois
arrivé en bas).
Me voilà sur la ligne de départ. Les street-luges sont parties
depuis 4 minutes.
Dans quelques secondes se sera notre tour, aux rollers, de nous
lancer. Go ! La
première impression est étrange, finalement la pente est douce, mais
elle est
longue et à force d'être longue la vitesse augmente. Pour l'instant
pas de
problèmes car pas de virages, juste les patins qui vibrent un peu
(tiens, ça va
vraiment, vraiment vite). Je ne dois pas être loin de mon record
personnel de
vitesse sur roller quand le premier virage, un gauche tranquille,
s'annonce.
Surtout ne pas s'énerver, on reste groupé et ça doit passer. De
toutes manières
je suis entouré d'une meute de patineurs, ce n'est pas le genre de
situation où
on peut dire "pouce j'arrête !". Premier gros freinage avant la
première épingle
à droite. Le premier freinage c'est celui qui vous libère ou qui
vous tue. La
platine glisse ou vous passez au-dessus. Après, c'est comme si une
sorte de
frein psychologique sautait : savoir qu'on est dans une journée où
l'on est
capable de freiner correctement vous rend plus léger.
Le chemin de croix :
La principale caractéristique de la descente de Chamrousse est sa
longueur. Elle
est 4 à 5 fois plus longue que les plus longues descentes "
traditionnelles ".
Suivant votre niveau cela peut faire de dix à quinze minutes
d'effort soutenu.
La plupart du temps vous êtes en position de schuss (donc en
position assise
sans chaise...), mais il faut aussi être capable de sortir le bon
geste
technique quand une épingle arrive. Avec les cuisses tétanisées par
plusieurs
dizaines de secondes de contraction intense et immobile tout
devient, comment
dire, moins facile à gérer. C'est souvent l'origine des " boites "
qui vous font
comprendre le pourquoi de la tenue de célébration. C'est en me
roulant par terre
(involontairement) que je me suis dit que finalement le prix de ma
dainese
(gilet de protection muni d'une dorsale) était bien ridicule à
comparer des
centimètres de peau qu'elle venait de me sauver.
La rédemption :
La chaleur, la brûlure du soleil, les muscles gorgés d'acide
lactique,
les chutes, les attentes interminables avant les départs, les
frayeurs
dans les virages où l'on rentre à quatre riders de front chacun sur
sa
trajectoire... Mais qu'est ce qui peut bien nous pousser à nous
fourrer dans des pétrins de ce type là ? Si vous ne trouvez pas la
réponse c'est que vous n'avez jamais pris un virage en étant
tellement
penché que vous pouvez effleurer le sol de votre main tout en
sentant
vos platines glisser vers l'extérieur. C'est ce moment magique où
vous
êtes le juge de paix entre la gravité et la force centrifuge. Aucune
de ces deux forces cosmiques ne doit l'emporter, et vous, vous êtes
au
milieu, trait d'union entre deux mondes. Il y a aussi ces descentes,
où vous êtes dans un petit groupe, et suivant les virages, les
freinages vous doublez et vous êtes doublé sans cesse, réminiscence
de l'enfance dans une sorte de jeu de lZépervier à soixante km/h.
Enfin, il y a ce sentiment propre à tous les conquérants de
l'inutile. Une fois terminé, on se retourne et on se dit : "Tiens,
je
l'ai fait, je n'aurais pas cru, et en plus je me suis même amusé".
Je n'aurais qu'une phrase en guise de conclusion : encore un
rendez-vous
incontournable à graver dans les agendas.
Officiants pratiquants de la rando : (riders et spectateurs)
Jean-Baptiste, Benoît, Nourredine, Eddy, Jean-Christophe,
Jean-Michel,
Charlotte, Natacha, Olivier, Matthieu, Frédéric, Piéranne,
Christian, Vincent,
Aymeric, Lionel, Anne-Laure, Geoffrey, Gaëlle, Matthias, Florent,
Valérie,
Romain, Séverine, Patrick, Alain, Sandra, Sylvie, Laurent, Damien...
Frédéric.
photos disponibles sur le site de générations roller !
Le retour de la crevette (d’eau douce)
Avec cette brûlante question métaphysique : « Pourquoi font-ils ça ?
»
Oui. Vous avez pu lire le délire surchauffé de mon vieux Frédo.
N’est-ce pas inquiétant ?
MON jamboree à Chamrousse à moi (et à Anne-Laure, ma comparse de
questionnement métaphysique), je vais vous le décrire… D’abord, bien
sûr, bise à tous les riders connus et accompagnateurs (pour une fois
je n’en étais pas vraiment). Puis pause pelouse (un peu style parc
de la tête d’or le dimanche, avec la vue sur le Vercors en plus).
Pose blabli blabla. Nous admirons un ou deux départs : un tas de
rollers caparaçonnés s’élançant sur le macadam en direction du bas.
Puis, passons aux choses sérieuses : Anlo et moi nous badigeonnons
d’écran total. Enfilage de grolles de montagne. Départ de Roche
Béranger : nous, on ne descend pas, on monte ! Pas en armure, mais
en short et débardeur ! Nous longeons le flanc de la montagne en
direction du Lac Achard, dans un décor de résineux, vue sur les
alpages roussis de soleil, dans un immense ciel bleu où se
prélassent de majestueux nuages blancs. Arrivée au Lac Achard, 40
min plus tard : dans un écrin minéral agrémenté de petits pins (oh
le beau paysage d’estampe japonaise !) repose une eau juste fraîche
à souhait, bordée de doux rochers lissés par le temps… Nous n’avons
pas de maillots… qu’à cela ne tienne ! On se baigne en
sous-vêtements (certains nous ont fait part de leur regret à ce
propos).
Et là, glissant dans l’onde, les cheveux dégoulinants, les yeux
émerveillés par les sommets environnants, dans le calme de ce lieu
préservé de la fureur des hommes et des rollers, Anlo et moi nous
posons la question cruciale : MAIS POURQUOI Y’A T’IL DES CINGLES QUI
SE FONT CHIER A DESCENDRE SUR DE L’ASPHALTE DANS DES COMBINAISONS
SPATIALES NON-REFRIGEREES PAR UN CAGNARD PAREIL AU MILIEU DE DJ ET
DE SPEAKERS HURLANT ?
Après un bain de soleil sur lesdits doux rochers, grande et petite
crevette d’eau douce se sont rhabillées et rechaussées, ont continué
leur petite bonne femme de chemin, jusqu’au Col de la Botte : Oh la
vue sur les sauvages glaciers au loin ! Jusqu’à la Croix de
Chamrousse, 2238 m : Oh la vue sur la vallée embrumée d’or de
l’Isère, le Vercors bleuté au loin et toujours les noires aiguilles
décharnées au-dessus de nous ! ! !… Descente (tranquille) par le «
tailaifairick » ; petite marche en sous-bois, et nous retrouvons les
homards (carapaces noires et sentant la transpiration) à roulettes…
Au récit de nos extases (si si), certains, tenez-vous bien, ont
sangloté… N’est-ce pas homard Jean-Mi ?
Allez, on vous aime quand même ! En tout cas c’est sûr, l’année
prochaine, on reviendra… On prendra nos maillots (eh oui, une chance
ne se présente qu’une fois) et vous peut-être, vos grolles sans
roulettes.
Piéranne
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