Lyon-Valence V2.0
Durant les dernières 48 heures j'ai testé toutes les sortes de
féculents existantes : Pâtes, riz, semoule, boulgour, tout y est
passé. Quand on prépare le désormais rituel Lyon-Valence en roller
on ne peut rien laisser au hasard : sélection des roues au pied à
coulisse, calculs pour l'eau (1,5 l/heure) et la nourriture (4
carreaux de dextrose/heure à partir de la deuxième heure). C'est
juste la plus longue randonnée de l'année : 118 Km sous le soleil de
Juillet.
Il est 5 heures en ce dimanche de juillet et Lyon s'éveille, moi
aussi mais plus difficilement. Un petit café, une tartine de nutella
mâchouillée sans conviction, pas très faim en fait. Je descends de Grange-blanche vers le point de ralliement situé sous la queue du
cheval pour 6h00. Il n'est pas question de se faire piéger dans la
chaleur comme l'année passée.
J'arrive le premier sur la place Bellecour. Deux night-clubbers sont
en train de gérer l'after en dormant à même le sol. Jean-Christophe
me rejoint rapidement, président de la section sport jusqu'au bout
il sera le seul dans le lycra officiel de Géné (qui je vous le
rappelle est issu d'un modèle prévu pour le ski de fond...), puis
Raphaël, Régis, Florent, Jean-Michel et Olivier G. remarquablement
peu loquace en ce tout début de journée.
Aymeric et Laurent sont là aussi, ils se sont gentiment proposés
comme équipe de support technique. Ils chargent nos victuailles et
nous offriront un ravitaillement " maison " le long du parcours.
Quel changement avec l'année précédente où nous partions à trois,
sans assistance technique et sans reconnaissance préalable du
parcours !
Le départ se fait dans une ambiance joyeuse. Nous reprenons
exactement le même chemin que la deuxième boucle de vendredi
dernier. Direction Irigny. Le soleil se lève à peine, aucune
voiture, la ville ressemble au Londres du " 28 jours après ". Nous
essayons de réveiller Pierre en hurlant quand nous passons à côté de
sa maison, sans succès. Les discussions vont toujours bon train.
Première partie de graton terrible avant d'arriver sur Givors,
première sérénade de régis qui visiblement ne supporte pas. Si
seulement il connaissait le reste de la route... Nous récupérons un
autre patineur du lou roller, Olivier V. à Givors.
Notre chenille commence à prendre son rythme de croisière. Nous
prenons des relais à tour de rôle. Chaque patineur a son style
propre qui se ressent dans toute la ligne dès qu'il prend la tête.
Régis, son large pas lent et un abri maximal, Florent, ses petits
pas rapides et un abri minimal, Jean-Mi qui distille un effort
constant quelle que soit la configuration du sol et de la pente,
Raphaël dans un style comment dire ? " fractionné " est le premier
mot qui vient à l'esprit mais ne convient pas vraiment,
Jean-Christophe et sa fugacité, Olivier G. et son optimisme,
toujours prêt à s'envoler, Olivier V. avec un geste d'une régularité et
d'une précision astronomique. Quant à moi je ne suis pas sûr d'être
objectif sur des questions de style. Par contre, quand je suis
devant tout me paraît beaucoup plus difficile et en même temps
beaucoup plus lent. Un peu comme courir dans un de ces cauchemars où
l'on a l'impression d'avoir des membres en plomb.
A intervalles réguliers nous croisons Aymeric et Laurent qui
réalisent un reportage en direct, nous arrêtant parfois pour
ravitailler. On se croirait presque sur les routes du tour de
France. Nous avons même droit à une véritable haie d'honneur de
spectatrices d'un âge disons respectable un peu avant Tournon.
Globalement les automobilistes aussi sont plutôt enthousiastes à
notre égard et ont souvent des gestes d'encouragement. Une exception
notable, un irascible chauffard nous fait une véritable queue de
poisson, le tout accompagné d'un geste sans équivoques de sa
passagère. Certaines personnes sont mal dans leur peau, qu'y faire ?
Sortie de Tournon, il reste 18 kilomètres. Les conversations n'ont
plus l'allant du début. Chacun se concentre pour trouver en lui les
ressources qui lui permettront de continuer. Les visages se ferment
un peu. Nous entamons une bosse, raph et florent se lâchent dans la
montée. Le groupe explose plus ou moins. Une fois en haut, un petit
regroupement se forme, je prend la tête, tartine un coup et c'est
parti pour une descente ultra-rapide en petit-train à quatre
(Olivier G., Raph, Florent et moi). C'est à ce moment qu'on est
content d'être lyonnais et de faire un peu de descente ce qui évite
de paniquer (l'année précédente dans cette même pente nous ne
faisions pas les fiers) et au contraire permet même d'apprécier le
moment. Le long schuss se termine, les cuisses brûlent. Nous
reformons le groupe. Je profite de l'accalmie pour m'isoler, preuve
que je m'hydrate correctement, pensant que les autres vont
m'attendre. Grave erreur, après 3h45 d'efforts et un soleil qui tape
de plus en plus fort on passe automatiquement en mode : "je veux en
finir le plus vite possible", donc plus de pause jusqu'à la fin. Je
fais l'effort pour remonter sur le groupe qui, quand même, ne
forçait pas l'allure.
Mon coeur bat à 173 pulsations par minutes. Scientifiquement ce
phénomène s'appelle : " dérive cardiaque ". Pour un même effort, la
fatigue et la déshydratation s'en mêlant, le coeur bat plus vite. Je
suis en train de vivre dans ma chair ce concept abstrait. Enfin le
même effort c'est vite dit. Il ne reste que cinq kilomètres à avaler
et on a décidé de lâcher les chevaux. Relais courts, très courts,
forts, très forts. Jean-Mi, Jean-Christophe et Olivier V. décident
quant à eux de terminer à leur rythme. Jean-Christophe se paiera
même le luxe d'un petit détour. Un dernier sprint sur le pont qui
enjambe le Rhône et nous fait replonger directement sur Valence.
Même avec ma vue brouillée je vois le panneau libérateur, je regarde
le cardio : 4h26 et 173 pulsations par minute.
Assis sur une terrasse devant la gare de Valence. Peut être le
moment le plus agréable de ces six derniers mois. Les patins sont
loin, de toutes manières je ne pourrais pas les remettre avant 48
heures. Tout le monde est bien arrivé. Olivier V. a eu quelques
problèmes de cheville, et à la voir on comprend qu'il a finit au
courage. Je me sens infiniment mieux que l'année précédente, où
j'avais terminé sur les rotules. Florent veut repartir pour
Montélimar, Raphaël est frais comme un gardon, Olivier G. parle déjà
de descendre la madonne pour le lendemain, Jean-Christophe tire des
enseignements pour le one-eleven, Régis n'en finit pas de râler sur
le graton, Laurent prend un billet pour l'année prochaine, Aymeric
nous gratifie d'un créneau d'anthologie et Jean-Mi paie sa tournée.
Nous finissons par reprendre le train direction Lyon.
Lyon-Valence c'est bien, c'est même tellement bien que ce parcours
va se pérenniser.
Rendez-vous l'année prochaine pour une troisième édition ! Avis aux
amateurs. Cependant, quelque chose me dit que d'autres parcours,
plus longs, ne tarderont pas à faire leur apparition vu
l'enthousiasme des participants de cette deuxième version.
Frédéric.
Photos disponibles sur le site de générations roller !
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